« Dominant la mer à plus de vingt mètres, la terrasse Bazaine offre l’un des plus beaux panoramas du Fort Royal de l’île Sainte-Marguerite. Mais derrière le paysage se cachent plusieurs siècles d’histoire : vestiges antiques, citernes, prisonniers célèbres et même une étonnante pièce d’artillerie. »
Une terrasse au-dessus de la Méditerranée
La terrasse offre une vue magnifique sur la baie de Cannes et le massif de l’Estérel. À plus de 20 mètres au-dessus du niveau de la mer, elle possède deux citernes qui permettaient de récupérer les eaux de pluie des toitures du fort.
À l’époque romaine, une partie de la terrasse était occupée par le temple de Lero. De nombreuses fouilles archéologiques ont permis de retrouver les vestiges de cet édifice.
Pourquoi « terrasse Bazaine » ?
Maréchal de France, ancien colonisateur du Mexique, François Achille BAZAINE (1811-1888) capitula face aux Prussiens en 1870 sans combattre à METZ avec ses 180 000 hommes. On lui attribue alors la capture de l’empereur NAPOLEON III et la défaite. Accusé de trahison, il fut incarcéré dans le fort en 1873. Ce dernier était devenu un véritable centre pénitentiaire. Les progrès de l’artillerie ayant rendu caduque son utilisation militaire, il était perçu comme la prison la plus sûre du pays.
Personne ne s’était jamais évadé de l’île. Beaucoup ont essayé, mais la noyade ou la reprise ont toujours mis fin aux tentatives. BAZAINE sera le premier à réussir… et aussi le dernier. Son statut d’ex-maréchal lui autorisait certains privilèges. Un bâtiment lui était réservé avec un accès direct à la plate-forme. Des palissades et des guérites le maintenaient séparé des autres détenus et des occupants du fort. Malgré ces mesures, avec la complicité de son épouse et à l’aide d’une corde, il parvient à s’évader dans la nuit du 9 au 10 août 1874. Le scandale fut énorme ! Le public exige des explications, les journalistes affluèrent et très vite le bâtiment où il était détenu devint une attraction touristique. Réfugié en Espagne, Bazaine ne fut jamais repris et mourut en Espagne.
L’imaginaire collectif associa dorénavant l’île à cette évasion. Le nom de la terrasse évoque tout autant cet épisode que ses conséquences, car la Première Guerre mondiale découle directement de cette période.

Carte postale ancienne de la prison de Bazaine au Fort Royal de l’île Sainte-Marguerite
Une caronade sur la terrasse
Un canon est exposé sur la terrasse. Il mérite lui aussi que l’on s’y attarde. Ce n’est pas une pièce d’artillerie de fortification. Il s’agit d’une caronade (du nom de la ville de Carron en Écosse), un canon de marine destiné à projeter de la mitraille et à balayer les ponts. NELSON en fit un usage très réussi à TRAFALGAR… Il a été forgé en 1841 dans la fonderie de RUELLE (CHARENTE) et son poids est de 1038 kg. La hausse, aujourd’hui disparue, permettait un pointage vertical. Le croisement de l’alignement de ses trois lignes de mire déterminait la surface couverte par les projectiles. Restaurée à la fin des années 70, sa présence sur la terrasse est longtemps demeurée un mystère pour moi. Ce n’était pas une trouvaille archéologique, il n’est pas adapté à la forteresse et il est fort peu probable que l’armée l’ait abandonné. Son emplacement initial était une autre construction du fort : la tour du sémaphore.

Caronade exposée sur la terrasse du Fort Royal de l’île Sainte-Marguerite
Pour aller plus loin
La terrasse Bazaine n’est qu’une étape parmi les nombreux lieux et témoignages qui racontent l’histoire du Fort Royal et de l’île Sainte-Marguerite. Ces histoires, documents et découvertes sont à retrouver dans l’ouvrage À la découverte de l’île Sainte-Marguerite.
